Arles (Bouches-du-Rhône), reportage
Des tables rondes remaniées, des chaises volontairement laissées vides, des voix attendues mais finalement absentes : la sixième édition du festival Agir pour le vivant, qui se tient du 23 au 27 août à Arles, a été secouée par un appel au boycott.
Le 15 août, sur les réseaux sociaux, le collectif local Politic Social Club, qui organise toute l’année depuis huit ans des « ateliers d’autodéfense critique » autour des questions des dominations raciales et sexistes, a invité ses « camarades décoloniaux, antiracistes, anti-impérialistes, antifascistes, anticapitalistes, féministes et écologistes » à déserter la scène.
Le collectif reproche au festival — né dans le giron des éditions Actes Sud — de s’inscrire dans un mouvement de gentrification d’Arles et de privatisation de la culture. À leurs yeux, l’événement capte des idées radicales pour mieux les neutraliser de sorte qu’ils « ne puissent plus porter de rupture franche avec les structures capitalistes qui les soutiennent ».
Ses membres en veulent pour preuve un manque de « courage politique dans le programme », avec l’absence des termes « génocide » et « Gaza ». La seule fois où le terme « Palestine » apparaît, c’est pour nommer l’association Urgence Palestine. Aucune mention du peuple kanak en Nouvelle-Calédonie, de la situation à Mayotte ou de la question du chlordécone dans les Antilles alors que l’événement est censé parler de lutte « décolonisée », pointe du doigt le collectif, contacté par Reporterre.
Les thèmes abordés cette année — décoloniser l’écologie, articuler luttes sociales et écologistes, questionner les infrastructures numériques et inventer des outils d’action collective — ont ainsi été amputés de plusieurs voix attendues.
La conférence « Sortir de l’emprise de la mégamachine » avec l’historienne Fanny Lopez a été…
Auteur: Estelle Pereira

