Kafr el-Sheikh (Égypte), reportage
En ce matin de mai, c’est jour de récolte à Kafr el-Sheikh, dans le nord du delta du Nil. Un bassin rectangulaire, creusé à même la terre et d’une surface d’environ deux terrains de football, a été asséché. Une boue foncée et épaisse, presque onctueuse, tapisse le fond, tandis que tourbillonne une foule d’aigrettes, de sternes et de martin-pêcheurs à la recherche de poissons échoués. Tout au bout du bassin nivelé, il reste encore une petite portion en eau, que ratissent méticuleusement une dizaine d’hommes en cuissarde à l’aide d’un filet noir.
À mesure qu’ils se rapprochent du bord de la gouille, l’eau se met à bouillonner. Puis tout va très vite : les poissons sont capturés avec des épuisettes, lancés dans des caisses et transbordés de bras en bras jusqu’à parvenir sur une brouette en bois, où se débattent tilapias, mulets, carpes et poissons-chats. Les poissons sont triés par espèce et par taille, puis chaque caisse de 25 kilos finit dans un camion réfrigéré.
« On bosse depuis 6 heures du matin et on a récolté environ 20 tonnes de poissons. C’est une bonne journée », se félicite Fares Rashad, neveu du propriétaire de la ferme, qui supervise l’opération. Avec un prix à la vente compris entre 1 et 2 euros par kilo, la famille va toucher un joli pactole, malgré les importants frais engagés pour l’entretien des bassins et l’alimentation des poissons.
Poisson aux œufs d’or
En Égypte, la pisciculture est une affaire en or qui a débuté il y a une trentaine d’années, principalement dans le delta, et spécifiquement dans le gouvernorat de Kafr el-Sheikh. Cette région, qui borde le lac Bourlos et la Méditerranée, est peu propice à l’agriculture en raison de ses terres marécageuses et salines. L’élevage de poissons y est arrivé comme un petit miracle, générant des revenus conséquents pour des populations précaires….
Auteur: Sami Zaïbi

