Kamel Jendoubi a été ministre des droits de l’homme en Tunisie en 2015-2016. Depuis un demi-siècle, il milite en faveur de la démocratie. Vivant la plupart du temps en France, il appartient intimement aux deux pays. Mais depuis le 7 octobre, il est déchiré, brutalement confronté à ce qu’il nomme « l’Occident ». S’il déplore les victimes civiles de l’attaque terroriste commise ce jour-là par le Hamas contre Israël, il se sent refoulé par l’injonction d’une large partie du monde politico-médiatique français de ne voir de crimes de guerre que dans les assassinats perpétrés par l’organisation palestinienne. À ses yeux, l’offensive de l’armée israélienne dans la bande de Gaza, qui fait d’innombrables victimes, relève en bonne partie de la même catégorie. Ce « deux poids, deux mesures » le choque.
Kamel Jendoubi l’a expliqué avec émotion devant le public des Rencontres d’Averroès, forum de débat sur la Méditerranée qui s’est tenu le week-end dernier à Marseille. Le thème, « Tout empire périra ? », était une invitation à déchiffrer le passé et le présent à l’aune de ce concept géopolitique. « L’Occident », dans ce contexte, renvoie au rôle que plusieurs puissances – France, Royaume-Uni, Italie, États-Unis – ont joué dans le monde arabe depuis le XIXe siècle. Les intervenants qui ont éclairé ce passé ont rappelé combien ces interférences nourrissent rancœurs et frustrations.
D’autres mémoires d’empire hantent, cela dit, le bassin méditerranéen. L’Iran joue depuis quarante ans d’une idéologie antisioniste pour pousser ses pions jusqu’au Liban et à la Méditerranée, comme les Perses il y a 2 500 ans. La Turquie, héritière des Ottomans, se pose en leader régional capable de rivaliser avec les Européens. La Russie, surtout, a surgi à la faveur de la guerre en Syrie. Son sauvetage du dictateur Bachar al Assad en 2015 lui a permis d’y…
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Auteur: Jean-Christophe Ploquin

