LR&LP : Le 10 septembre 2003, le paysan sud-coréen Lee Kyung Hae mettait fin à ses jours devant le Sommet ministériel de l’Organisation Nationale du Commerce (OMC) à Cancùn. Il portait une pancarte affichant : « WTO KILLS FARMERS » (L’OMC TUE LES PAYSANS). Ce jour-là, des milliers de paysans s’étaient réunis pour protester contre les politiques de libre-échange qui favorisent les multinationales au profit des travailleurs. Comment l’OMC contribue-t-elle à la disparition des paysan-nes ?
Morgan Ody : L’OMC organise une concurrence généralisée à l’échelle mondiale. Les paysan·nes se retrouvent en compétition avec des produits importés moins chers que ce qu’il est possible de produire localement. Cette différence de prix s’explique par des facteurs pédoclimatiques, mais aussi par des écarts en matière de droit du travail, de salaires ou de normes environnementales ou sanitaires.
L’idéologie centrale de l’OMC repose sur la théorie des avantages comparatifs, de l’économiste libéral David Ricardo : chaque pays devrait se spécialiser dans les produits pour lesquels il est le plus compétitif et abandonner les autres. En France, cela signifierait abandonner l’élevage pour se concentrer sur les céréales.
Or, cette logique est en contradiction totale avec l’agriculture paysanne. Si on abandonne l’élevage, comment fertiliser les sols sans dépendre des engrais chimiques ? On perd toute autonomie.
Et en cas de crise géopolitique, si le pays le plus compétitif en viande bovine, par exemple, devient inaccessible, il faut simplement s’en passer. Les modèles mixtes paysans, qui produisent un peu de céréales, un peu de légumineuses et un peu de viande, disparaîtront faute d’être compétitifs.
LR&LP : Vous souhaitez que le commerce agricole soit négocié à la FAO ou au sein de la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement) plutôt qu’à l’OMC. Pourquoi ?
Parce…
Auteur: Louise Canu

