Le soulèvement national des élèves en 1976 marqua un tournant décisif dans l’histoire de l’Afrique du Sud. Avec les grèves de Durban de 1973, il brisa le silence politique qui avait suivi le massacre de Sharpeville[1] en 1960. Le 16 juin, des milliers d’élèves noirs de Soweto se lancèrent dans une marche pacifique pour s’opposer à l’introduction de l’afrikaans[2] comme langue d’enseignement. Mais la police répondit par la violence, tuant Hector Pieterson, Hastings Ndlovu et plusieurs autres enfants noirs. Dès lors, ce qui avait commencé comme une protestation contre la politique linguistique de l’État se transforma rapidement en lutte contre « le système », et s’étendit à l’ensemble du pays.
À partir de ce moment, des townships[3] comme Soweto, Alexandra ou Bonteheuwel devinrent les épicentres de la lutte contre l’apartheid. L’un des traits déterminants du soulèvement de 1976 fut l’entrée décisive de la jeunesse noire scolarisée sur la scène de l’histoire. Jusqu’aux années 1960, le nombre d’Africains[4] scolarisés était resté relativement faible. Mais la population africaine urbaine augmentait, en particulier le nombre de jeunes. L’industrie, de son côté, avait besoin d’un plus vaste réservoir de main-d’œuvre industrielle. Il y eut donc une expansion rapide de la scolarisation des Africains.
En 1976, 3,8 millions de jeunes Africains et Africaines étaient scolarisés. Près de 10 % fréquentaient l’enseignement secondaire. À Soweto seulement, le nombre d’élèves du secondaire passa d’environ 12 500 à plus de 34 000.
Ces chiffres mettent en évidence l’émergence d’une nouvelle force sociale en Afrique du Sud. Ces jeunes partageaient des expériences similaires. Ils étaient rassemblés dans des institutions où ils pouvaient être assez facilement organisés en une force politique significative. Une fois mobilisée sous la bannière de la libération, la…
Auteur: romain romain
