SpaceX a réussi son entrée en Bourse comme on réussit un numéro de prestidigitation. Introduite à 135 dollars l’action, l’entreprise a d’abord levé 75 milliards de dollars, pour une valorisation initiale d’environ 1 770 milliards de dollars. Dès les premiers échanges, l’envolée du titre a propulsé sa capitalisation au-delà des 2 000 milliards de dollars. Des chiffres qui donnent le vertige. Surtout lorsque l’on sait qu’en 2025 l’entreprise a réalisé 18,67 milliards de dollars de chiffre d’affaires, tout en affichant une perte nette de 4,9 milliards.
Wall Street a accepté de valoriser SpaceX à plus de 100 fois son CA lorsqu’une industrie classique est sur un facteur 3 dans le meilleur des cas.
Autrement dit, Wall Street a accepté de valoriser SpaceX à plus de 100 fois son CA lorsqu’une industrie classique est sur un facteur 3 dans le meilleur des cas, 15 pour les technologies digitales rentables et jusqu’à 30 pour l’intelligence artificielle (IA). On comprend bien que, dans le cas de SpaceX, on ne valorise pas seulement une entreprise, on achète une mythologie.
Sur le même sujet : Aux États-Unis, le règne des technofascistes
Bien sûr, il serait absurde de nier les succès d’Elon Musk. SpaceX a bouleversé le marché des lancements de fusée, Starlink a installé un réseau mondial d’internet par satellite, Starshield attire les contrats de défense, et Starship alimente l’imaginaire d’une conquête spatiale privatisée. Les barrières à l’entrée dans ce type de secteur sont considérables, les concurrents peu nombreux, ce qui placerait très certainement SpaceX dans une situation de monopole privé. Il y a donc des succès bien réels derrière le récit de Musk.
Néanmoins, le cœur de cette valorisation…
Auteur: Thomas Porcher

