Spirale et perte

La perte en tant qu’elle est la mort, indissociable de la vie. Mais aussi la perte du fantasme de totalité : totalisation de l’œuvre et de la figure unique de son créateur-réalisateur ; totalisation réconciliée, de vies déchirées, et d’histoires racistes, coloniales, génocidaires, patriarcales.

Dao est un mouvement qui borde la perte -border, plutôt que recouvrir.

Gloria a perdu son père, dont les cérémonies manjaks, deux ans après sa mort, ont lieu dans le village familial en Guinée Bissau. Le père mort est entouré de ses enfants et petits-enfants qui vivent en France et ont fait le déplacement. Gloria perd, aussi, en quelque sorte, sa fille, qui, un an plus tard, se marie en France, et devient adulte.

Perte, vie, mort

La perte, indissociable de la vie, creuse un trou. Ce trou quand il n’est pas bordé, c’est-à-dire ritualisé, parlé, symbolisé, peut devenir mortifère, on risque d’y sombrer. Le film -rituel, images, paroles, musiques- borde le trou : celui d’un père mort, celui de sa petite-fille qui se marie, et dont le devenir est un pari, tendu nécessairement vers l’inconnu, la vie, et la mort, encore.

Dao dessine une figure cyclique : de la mort au mariage, du mariage à la mort…, un « mouvement perpétuel et circulaire, qui coule en toute chose et unit le monde », ce qu’annonce le panneau-titre d’ouverture du film. Or, plutôt que figurer ce cycle et ce mouvement comme un cercle total, fermé sur lui-même, et surtout plein (plein de certitudes) et de réitérations du même, Dao dessine une spirale, prise dans le temps nécessairement troué : ça tourne, sans totalisation. Ça borde le trou de la perte, avec ce qui échappe, qui est perdu pour toujours, sans pour autant disparaître, et ce qui se maintient d’énigmes, qui ne se laissent pas résoudre. L’unité n’est jamais que celle, perdue, trouée, d’un plusieurs, qui ne se laisse pas figer.

Les morts sont bien…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

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