Lors de sa sortie, Squid Game, venue de Corée du Sud et distribuée mondialement par Netflix, a bénéficié d’un très fort engouement critique, y compris à gauche. Beaucoup y ont vu une dénonciation radicale du capitalisme : L’Anticapitaliste, journal du NPA, y lisait “une allégorie sociale” “profondément subversive”, tandis que Contretemps, revue de critique communiste, parlait d’une “allégorie de l’enfer capitaliste”. Mais la saison 3, véritable glissement dans le vide narratif, confirme un soupçon que certains formulaient dès le début : Squid Game n’était pas une critique du capitalisme, mais une intégration inoffensive de la critique par le spectacle capitaliste. Elle incarne ce que Guy Debord appelait déjà dans les années 1960 “la société du spectacle”, où la critique elle-même devient une marchandise et est ainsi neutralisée.
Dès la première saison, le décor est planté : des pauvres criblés de dettes s’affrontent dans des jeux mortels, observés par une élite masquée (les “VIP”). Mais cette “élite” n’incarne pas un système, elle incarne un fantasme : celui de quelques riches sadiques, gloutons, étrangers, décadents et déviants. Bref, une figure du “grand méchant complot mondial” version Netflix. Cette lecture conspirative du pouvoir, où le capitalisme devient un club de parieurs pervers, occulte la réalité : ce système ne repose pas sur la cruauté volontaire de quelques uns, mais sur des rapports sociaux objectifs. Squid Game ne parle ni du travail, ni de l’exploitation, ni de la propriété. Contrairement au film Parasite de Bong Joon-ho, qui montrait finement les logiques d’infériorisation spatiale, psychologique et matérielle entre classes, Squid Game ne s’intéresse (rapidement) qu’aux effets de la pauvreté, pas à ses causes structurelles.
Une révolution promise : l’espoir trahi de la saison 2
Et pourtant, un espoir avait surgi lors de la…
Auteur: Rédaction

