Nous publions un hommage d’Alexander Neumann à Stephen Bouquin, décédé il y a quelques jours. Militant anticapitaliste et sociologue du travail, il a longtemps animé le Centre Pierre Naville ainsi que la revue Les Mondes du travail. En complément, nous publions également l’un de ses textes les plus récents.
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Stephen est mort le 21 janvier à Bruxelles – Molenbeek. Né à Anvers, il était marqué par l’ouverture au monde par le port international d’Anvers et la culture cosmopolite de Bruxelles, qu’il a interprété à sa propre manière, internationaliste et polyglotte. Doté d’une extraordinaire capacité d’action et d’une rare faculté critique, notre ami se voyait comme un intellectuel et militant marxiste tout à fait indépendant.
Il fait penser en cela à Ernest Mandel, qui a grandi comme lui à Anvers et qui est aussi mort à Bruxelles, ou encore à Pierre Naville qui a donné son nom à un centre de recherche un temps dirigé par Stephen Bouquin. Son véritable modèle intellectuel était cependant le trotskyste américain Harry Braverman, avec son approche de théorie du procès de travail (labour process theory) qui décrit les résistances dans le travail industriel. Envers et contre des moments d’abattement, de grande tristesse et de déchirures familiales, Stephen déployait une grande vitalité et un humour intact. Irrigué de cultures populaires, il imitait en privé ses adversaires ou collègues contrariants avec talent, avant d’éclater lui-même de rire.
J’ai connu Stephen à Paris dans un moment de résistance aiguë à la restauration, peu de temps après la chute de l’Union soviétique et lors de l’effondrement des gauches en France, en 1993. Au plus profond de la débâcle et au point haut de la mode antimarxiste, il participait alors à la reconstitution d’un socle critique, par exemple en s’associant à la publication d’Inprecor, une revue de la IVe Internationale qui reprend un…
Auteur: redaction

