Haro sur la grande distribution ! Au moment où les conditions de négociation des prix alimentaires s’invitent au menu du projet de loi d’urgence agricole, la grande distribution, dernier maillon de la chaîne, concentre les critiques. En quelques jours, une commission d’enquête sénatoriale l’a accusée de fragiliser les filières alimentaires françaises et l’association Que Choisir ensemble (ex-UFC Que choisir) de pratiquer des marges excessives sur les fruits et légumes bio.
Un rapport en rajoute une couche. Publié mardi 2 juin par une organisation jusqu’ici inconnue en France, Inside Track, il dénonce les effets délétères de la course aux prix bas orchestrée par les enseignes de super et hypermarchés : ce modèle complique l’accès à une alimentation de qualité et bloque la transition agroécologique, résume le rapport.
Des « insiders »
Inside Track s’est donné pour mission d’éclairer le débat public en publiant des analyses au bénéfice de la transition sociale et environnementale. L’organisme présente son rapport comme la synthèse d’échanges avec une quinzaine de cadres dirigeants en poste dans l’agroalimentaire, dont il préserve l’anonymat — Reporterre n’a donc pas été en mesure de vérifier leur profil. « Ce sont des acteurs de l’intérieur qui ont envie que les choses changent », explique Mathieu Dalmais, porte-parole d’Inside Track en France. Ils travaillent dans l’industrie agro-alimentaire, les coopératives agricoles et même, pour un quart d’entre eux, dans la grande distribution, précise-t-il.
Selon ces « insiders », la pression sur les prix dégrade la qualité de l’offre alimentaire. « Nous avons vu [dans nos entreprises] des recettes appauvries, de l’eau ajoutée, des ingrédients remplacés par des additifs, des approvisionnements déplacés vers des pays plus lointains ou avec des normes de qualité plus basses » pour répondre à la guerre…
Auteur: Benjamin Douriez

