Gabès (Tunisie), reportage
Assis devant un salon de coiffure du quartier populaire de Menzel, un groupe de jeunes s’abrite de la chaleur suffocante de Gabès, dans le sud-est de la Tunisie. « Ici, tu étouffes encore plus avec la pollution », explique Ahmad, 24 ans, se tenant la gorge avec les mains. Le jeune homme arbore fièrement le maillot rouge et noir de l’Avenir sportif de Gabès (ASG), l’un des deux clubs de football de la ville, qui compte 107 000 habitants.
Les murs des rues environnantes sont bariolés de graffitis réalisés par les ultras de l’ASG. Certains célèbrent l’amour du club, d’autres critiquent les violences policières, mais beaucoup dénoncent aussi la dégradation de l’environnement, dans cette région fortement touchée par les activités du Groupe chimique tunisien (GCT), une entreprise publique spécialisée dans l’industrie du phosphate. « C’est notre droit et notre devoir de nous intéresser au problème de la pollution », dit Ahmad.
Depuis le début de l’année, plusieurs groupes d’ultras de Gabès se joignent régulièrement à une série de manifestations, à l’appel du réseau Stop pollution – Nous voulons vivre. « On ne vise pas spécifiquement les jeunes ou les ultras, mais tous les citoyens de la ville », dit Aziz Chebbi, chercheur en sciences politiques et membre de ce collectif citoyen fondé à Gabès au lendemain de la révolution tunisienne, en 2012.
La nouvelle vague de mobilisation a été provoquée par l’annonce, en mars, de l’implantation d’une usine de production d’ammoniac vert sur le site du GCT. Utilisé avec le phosphate pour fabriquer des engrais, l’ammoniac « vert » est en fait fabriqué grâce à de l’hydrogène produit à partir d’une énergie décarbonée. « Les gens meurent déjà à cause de la pollution. Ils veulent en tuer encore plus ? » s’insurge Ahmad. Aucune donnée publique n’existe dans le pays sur les maladies…
Auteur: Driss Rejichi

