La scène est banale. Un caddie, une grande surface, des promotions criardes. Derrière chaque litre de lait vendu à prix cassé, chaque poulet bradé en tête de gondole, se joue pourtant une répartition de valeur profondément inégale, en plus d’un processus de production délétère pour la planète.
Sur 100 euros dépensés par le consommateur dans l’alimentaire, 8 vont aux agriculteurs, 14 aux industriels et transformateurs, 35 aux importations, et 40 à la grande distribution. Ce n’est pas une anomalie conjoncturelle, mais le résultat mécanique du rapport de force construit sur plusieurs décennies.
La commission d’enquête sénatoriale, initiée par les sénateurs écologistes et présidée par Anne-Catherine Loisier, a adopté son rapport le 19 mai après six mois d’investigations et 189 auditions.
Sa rapporteure, Antoinette Guhl précise lors de la conférence de presse : « Nous avons constaté l’existence de pratiques prédatrices des distributeurs, envers les industriels et les agriculteurs. »
Une culture du trompe-l’œil
La chaîne alimentaire française repose sur un déséquilibre structurel de pouvoir. D’un côté, quelques grandes centrales d’achat, organisées à l’échelle nationale et européenne, concentrent une capacité de négociation considérable. De l’autre, des milliers d’agriculteurs et de petites entreprises agroalimentaires, souvent isolés, entrent en discussion avec leurs produits périssables et leur faible capacité à résister.
« Trois groupements hyperdominants », Concordis (Carrefour et Coopérative U), Aura/Everest (Intermarché, Auchan et Casino) et Eurelec (E. Leclerc), font ainsi face à « 400 000 exploitations agricoles » et « 23 000 entreprises industrielles » françaises.
Depuis vingt ans, la grande distribution cultive un récit selon lequel elle serait le bouclier des Français face à des industriels qui chercheraient à augmenter les prix. La commission…
Auteur: Isabelle Vauconsant

