Sur la dualité linguistique en Algérie- Un conflit émotionnel aussi…

On peut se hasarder à une analyse psychologique. Il y a chez celui qui se trouve embourbé dans une situation linguistique extravertie, inconfortable car susceptible à chaque moment d’être reliée à la période douloureuse du colonialisme, il y a chez lui donc la tendance permanente au déni de cette situation. Il la légitimera.

Les écrivains Kamel Daoud et Boualem Sansal sont probablement ceux qui sont allés le plus loin dans le déni et la justification, Ils ont eu l’audace, mais à la manière d’Erostrate, d’en pousser la logique jusqu’au bout. Beaucoup de francophones les ont alors dénoncés, effrayés ou conscients d’une telle logique suicidaire. Mais n’aurait-il pas fallu qu’ils aillent plus loin, à la source, à la situation historique, au milieu qui les a produits, et qui avait sublimé, magnifié, organisé, idéologisé ce déni linguistique et culturel.

« La langue française est notre butin de guerre »

Cette formule de Kateb Yassine est une manipulation. Elle a été amputée de son contexte, celui de la véritable pensée de Kateb Yacine à ce sujet, comme on le verra ci-dessous. Mais elle est devenue célèbre, médias francophonistes aidant, car elle est un concentré idéologique de justification de ce déni. Elle explique la popularité de Kateb Yacine chez les partisans de la francophonie et pourquoi elle est devenue leur cri de ralliement. La phrase exprime en effet leurs intérêts avec une densité rare. On ne lâche pas un butin.

Pourtant, il n’y a pas d’affirmation plus illogique, plus absurde que cette phrase lapidaire. Mais elle a l’avantage de présenter ce qui a été imposé à l’Algérien pendant la période coloniale, comme une victoire sur l’ennemi. C’est donc une inversion totale. Où a-t-on vu en effet, gagner une bataille en déposant les armes, ses propres armes, sa culture, sa langue, son histoire, son identité ?
Cette formule prédétermine les termes du débat, les…

La suite est à lire sur: www.legrandsoir.info
Auteur: Djamel LABIDI