« 12 décembre 1972. Nous sommes en tête à chanter « Hare Krishna Hare Krishna Krishna Krishna Hare Hare, Hare Rama Hare Rama Rama Rama Hare Hare » et à charger au cri de bataille des Zengakuren japonais, adapté pour l’occasion « Schiaccetrà (celèbre vin liquoreux des Cinq Terres) Banzai Banzai Banzai ». »
L’insurrection de cette jeunesse, entre autonomie ouvrière et influence de la contre-culture étasunienne mêlée de fascination pour les civilisations asiatiques, à travers musiques et cinéma, avait pour moteur non pas principalement une idéologie, mais deux émotions essentielles qui resurgissent à chaque explosion de révolte contre l’ordre mortifère du monde : la colère et la joie. Nous en connûmes quelques éclats ces dernières décennies, notamment durant les manifs contre la loi travail, pendant le mouvement des Gilets Jaunes ou le dernier mouvement contre la réforme des retraites. Mais en ces années du long mai 68 italien, prolongé jusqu’à l’orée des années 80, c’était toute une fraction de la société qui était en rupture avec la forme de vie capitaliste en plein boom économique.
Ce que la doxa des années de plomb tente aussi d’effacer, c’est que la jeunesse qui fut le moteur du mouvement de désertion des lois du capital était très loin d’être composée uniquement d’étudiants d’origine bourgeoise mais qu’au contraire, la composante prolétarienne en était le cœur battant et agissant. Le 68 planétaire a été souvent présenté comme une révolte contre les pères, et si cela était parfois vrai en certaines régions du monde, ainsi qu’on l’a vu dans la chronique précédente à propos du livre de Jorge Valadas (même si cette révolte n’était pas dépourvue d’ambiguïté), dans le cas de Gibo et de ses semblables, ce qui frappe c’est la continuité entre le soulèvement des jeunes et l’insubordination latente d’une classe ouvrière qui a connu l’expérience de la résistance….
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