Il y a plusieurs milliers d’années, le patrimoine génétique paternel de l’espèce humaine change drastiquement : brutalement, de nombreuses variantes du chromosome Y, porté par les hommes, disparaissent. Cette perte de diversité génétique interrogeait les scientifiques. L’hypothèse de conflits violents ayant provoqué la mort de nombreux hommes, et donc l’extinction de leur lignée, est aujourd’hui remise en question par de nouveaux travaux. La perte de chromosomes Y pourrait plutôt être expliquée par un changement des structures familiales.
Il y a entre 3 000 et 5 000 ans, la diversité génétique du chromosome Y, transmis de père en fils et responsable des caractéristiques sexuelles mâles, s’effondre dans le monde entier, alors que la diversité génétique maternelle n’est pas affectée. Dans une étude que nous avons publiée dans Nature Communications, en collaboration avec Évelyne Heyer, Jérémy Guez et Bruno Toupance, nous montrons que cette chute pourrait être le résultat d’une transition dans l’organisation sociale des sociétés anciennes. À cette période, les femmes viennent désormais vivre chez leur mari, et leurs enfants sont systématiquement affiliés au lignage et clan de leur père.
Les origines floues de l’organisation familiale
Commençons par souligner que notre système de parenté dit bilatéral (c’est-à-dire dans lequel les enfants sont affiliés de manière équivalente à leur famille maternelle et paternelle) est loin de faire l’unanimité dans les populations humaines. La plupart des populations sont unilinéaires, c’est-à-dire que les enfants sont affiliés soit au clan et lignage de leur père (40 % des populations environ), soit à celui de leur mère (15 % environ). Ces groupes patrilinéaires et matrilinéaires jouent des rôles sociopolitiques importants, particulièrement dans les populations sans pouvoir centralisé.
Ces formes d’organisation régulent…
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Auteur: Léa Guyon, Doctorante en génétique des populations, Muséum national d’histoire naturelle (MNHN)

