Sandra Lucbert et Frédéric Lordon présentent leur livre Pulsion comme un retour à la psychanalyse, relue à travers un prisme spinoziste, pour penser les formes contemporaines de subjectivation. Mais ce retour, sous des allures de radicalité, ressuscite un certain pathologisme sourd aux dires des premiers concernés. Quand il s’agit d’autisme ou de psychose, le discours de Pulsion en reste à des catégories cliniques figées et particulièrement négatives. Ce texte interroge ce retour en arrière théorique et ses effets politiques : comment penser les subjectivités ’hors-normes’ autrement que comme ratées ? Comment réarticuler les outils psychanalytiques à une critique sociale vivante, informée, située ? Et que révèle cette surdité persistante à des voix qui ne s’inscrivent pas dans la grammaire ordinaire du rapport à l’autre ?
Un rendez-vous manqué
Il est des livres qui suscitent, bien avant leur parution, une impatience singulière. Tel fut le cas de Pulsion, co-signé par Sandra Lucbert et Frédéric Lordon — deux puissances d’écriture s’il en est, connus pour leur anticapitalisme acéré, l’une via la littérature, en tentant de « sortir de la langue [de celui-ci], distinguer les cibles et sortir les fusils », l’autre en constituant un corpus théorique désormais solide entre économie hétérodoxe et philosophie spinoziste. Un ouvrage qui vise, selon sa quatrième de couverture, à « reprendre tout l’appareil conceptuel » de la psychanalyse, si mal en point par les temps qui courent.
On savait l’intérêt de Lucbert pour les théories de l’inconscient ; Lordon avait laissé entrevoir un travail commun sur le sujet, notamment à l’évocation à plusieurs reprises des situations de psychoses comme figures réelles d’un vivre sans, hors des coordonnées sociales communes, mais nous n’espérions pas 600 pages sur le sujet, et encore moins qu’il s’agirait d’un premier tome. Dès…
Auteur: dev

