Sur les murs de mon pays, des mains illettrées ont écrit : « Mort aux Juifs ». Soit, mon âme : « Mort à ce que tu aimes. Mort à ce que tu es ». Les Juifs, ce ne sont pas, ce ne seront jamais les autres. Ce sont les lumières de ton monde. Quand on veut leur mort, on veut la tienne, mon âme. Et la tienne, aussi, mon vieux pays blessé. Il a existé un temps béni où l’on pouvait dire : « Heureux comme un Juif en France. » Qu’il revienne !
Les mains qui écrivent « Mort aux Juifs » – ne t’aveugle pas – ont été abreuvées à la même haine que celles qui ont tué tes amis, tes professeurs, Samuel Paty et Dominique Bernard, ces honnêtes hommes, ces hommes de culture, ces hommes droits. Ce sont celles qui refusent de faire silence quand on honore leur mémoire. Celles qui empêchent des professeurs de la République de faire leur travail, de transmettre la foi en l’universel, le savoir qui grandit, le fil d’or entre les générations, la raison qui questionne, la formidable intranquillité du courage.
Ne t’endors pas, mon âme, ne crois pas qu’entre le fanatique qui égorge et l’idiot qui empêche le professeur d’histoire de faire son cours sur la Shoah, il y ait une frontière étanche. C’est la même guerre qui est faite, avec des moyens différents, à ce que tu es, à ce que tu aimes.
« Pas de vague ou de ressentiment. » Tu les connais, ces mantras qu’on ressort à chaque entaille, à chaque outrage, pour t’accoutumer à l’inadmissible. On te lance des douceurs, mon âme, pour que tu restes prudemment à la niche. Mais toi, ton Maître ne t’a pas dit d’être le sucre de la terre : il t’a ordonné d’en être le sel. Et le sel, ça pique, ça se lance à pleines mains dans la gueule du monstre, dans la tartufferie de l’ennemi. Celui qui assassine les joyeux caricaturistes de ton enfance, les jeunes gens qui dansaient au Bataclan, les enfants qui apprenaient à l’école juive d’Ozar…
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Auteur: Emmanuel Godo

