Les réseaux sociaux mettent aujourd’hui à la disposition de tous des outils permettant de savoir si un interlocuteur est en ligne, s’il a vu tel ou tel message, depuis quel lieu il se connecte… Un suivi qui peut se muer en surveillance intrusive, créant de nouvelles pressions au quotidien et complexifiant les relations entre adolescents.
Au cours des dernières décennies, la diffusion des technologies de l’information auprès d’une large variété de publics et les possibilités associées en matière de collecte de données ont participé au développement de nouvelles formes de surveillance.
À la surveillance de masse, pensée dans sa forte verticalité, se superpose aujourd’hui une surveillance interpersonnelle, participative, pour laquelle chacun devient à la fois observé et observateur. Les adolescents sont particulièrement concernés par l’exacerbation de cette surveillance sociale.
Pour interroger les motivations et finalités de ces pratiques de surveillance entre adolescents, nous nous appuyons sur deux enquêtes qualitatives. L’une concerne les usages de plateformes telles que Snapchat et Instagram. L’autre interroge plus spécifiquement sur la surveillance par géolocalisation.
Quels outils pour quelle surveillance ?
Les vérifications de présence ou de disponibilité des pairs adolescents deviennent de plus en plus nombreuses, intrusives et le plus souvent cumulatives.
Dans ce contexte, les plateformes communicationnelles utilisées par ces jeunes publics ne sont pas neutres. Elles promeuvent des fonctionnalités qui servent directement le suivi, en ligne comme hors ligne, de l’activité des autres. Celles qui se définissent comme des messageries instantanées précisent le moment de la dernière connexion de chaque contact ou encore si un message a bien été lu. Des informations auxquelles s’ajoutent l’heure de lecture du dit message et, le cas échéant, si le destinataire est en train d’y…
Auteur: Yann Bruna, Maître de conférences en sociologie, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières

