Surnommé le « navire de l’enfer » par les pêcheurs mauritaniens qui ont croisé sa route, l’Annelies Ilena est reparti pour un tour dans l’Atlantique. Après un été dans le Pacifique, ce chalutier-congélateur de 135 mètres de long, opérant pour le compte de la Compagnie des pêches de Saint-Malo (qui a investi 15 millions d’euros pour y construire une usine de surimis embarquée) croise en ce moment au large du Royaume-Uni.
Cette nouvelle campagne de pêche a-t-elle été rendue possible par la France, comme ce fut le cas l’année dernière ? En 2024, le gouvernement avait autorisé un transfert de quotas de 22 000 tonnes de merlan bleu — l’espèce ciblée par l’Annelies Ilena — vers la Pologne, pays sous lequel le navire-usine bat pavillon. Un échange justifié à l’époque par les « retombées » des activités de l’Annelies Ilena pour la filière des produits de la mer française — la Compagnie des pêches de Saint-Malo employant près de 300 personnes en mer et à terre.
Une grande opacité
Cette année, rebelote : d’après une analyse menée par l’association Bloom à partir d’une base de données de la Commission européenne, la France a fourni 26 235 tonnes de merlan bleu (soit 57 % du volume qui lui est attribué par l’Union pour pêcher dans ses eaux) à la Pologne (qui ne dispose pas de quotas de merlan bleu) en 2025, en échange de 1 172 tonnes de cabillaud polonais. De quoi remplir les cales de l’Annelies Ilena. « Ça correspond parfaitement aux volumes échangés [pour son compte] l’an dernier », observe Fabien Randrianarisoa, chargé de campagne Pêches industrielles chez Bloom.
Cet échange s’est fait dans la plus grande opacité, sans aucune annonce publique. Le premier échange de quotas a eu lieu le 11 mars dernier, le deuxième date du 18 septembre, alors que la ministre de la Transition écologique de l’époque, Agnès Pannier-Runacher, était…
Auteur: Hortense Chauvin

