La Aldea de San Nicolás (Canaries, Espagne), reportage
Il est à peine 11 heures du matin mais le soleil de novembre tape déjà fort aux pieds des falaises verticales rougeâtres qui colorent le sud-ouest de Grande Canarie. Appuyé sur un épais bananier, David Segura est en sueur. Ses mains de géant essuient régulièrement son front, quand elles n’effleurent pas les généreux régimes de bananes encore vertes suspendus en cloche.
À voir ces quantités, difficile d’imaginer la grave crise qui touche depuis plusieurs années ce fruit historique de l’archipel dispersé à l’ouest du Maroc, planté de la main des colons portugais au XVIe siècle. Ce jour-là, la température atteint 31 °C à La Aldea de San Nicolás, bourgade longtemps capitale de la tomate canarie, aujourd’hui en pleine déconfiture. Une température anormalement haute pour la saison.
« Cela va encore une fois précipiter la maturation des bananes, sans qu’elles aient le temps de grossir », s’inquiète l’agriculteur, qui doit aussi pour la première fois utiliser de l’eau dessalée à cause de l’absence de pluies ces dernières années.
Des milliers de kilos de bananes non-commercialisables
Ce petit producteur qui cultive seul, en monoculture, 1,5 ha de Cavendish, craint de revivre le scénario de l’année dernière, lorsqu’il a dû renoncer à « deux ou trois mille kilos de bananes » déjà jaunes sur l’arbre, et donc non commercialisables.
En 2023, la température moyenne enregistrée sur les sept îles de l’archipel était de 1,5 °C supérieure aux valeurs habituelles. Difficile, dans ce contexte, de planifier sa production et de viser les mois réputés les plus rémunérateurs — autrefois de janvier à mars mais désormais de plus en plus imprévisibles, en raison notamment des cycles de croissance du fruit raccourcis à cause du réchauffement climatique.
2023 a surtout été synonyme pour les 18 000 travailleurs du…
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