La mise en examen de Sophie Binet après une plainte déposée par Tefal n’est pas un simple épisode judiciaire. Elle révèle une évolution politique profonde : la criminalisation croissante de l’action syndicale dans la France d’Emmanuel Macron. Que reproche-t-on à la dirigeante de la CGT ? D’avoir dénoncé une « répression patronale violente » contre une salariée ayant alerté sur la présence de Pfas dans la production industrielle. C’est précisément ce rôle de contre-pouvoir que le macronisme a cherché à affaiblir depuis 2017.
Les syndicalistes deviennent des obstacles dès lors qu’ils contestent les intérêts industriels dominants.
Les deux quinquennats qui s’achèvent resteront ceux des gardes à vue de militants, des réquisitions contre les grévistes, des poursuites disciplinaires et des violences policières contre les mouvements sociaux. Des raffineries aux universités, le pouvoir a répondu à la contestation sociale par une logique de maintien de l’ordre. L’affaire des Pfas marque une étape supplémentaire. Il ne s’agit plus seulement d’empêcher des revendications salariales : il s’agit de faire taire celles et ceux qui alertent sur les conséquences sanitaires et environnementales de certains modèles de production.
Responsabilité historique
Les syndicalistes deviennent des obstacles dès lors qu’ils contestent les intérêts industriels dominants. Or, face à la catastrophe écologique, les syndicats sont indispensables. Qui, sinon eux, peut articuler défense de l’emploi, santé publique et transformation écologique de l’industrie ? Qui peut empêcher que la transition écologique soit menée contre les travailleurs plutôt qu’avec eux ? Cette offensive ne vient d’ailleurs pas seulement du pouvoir central.
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Auteur: Pierre Jacquemain

