Le président syrien a pris à revers tous les préjugés occidentaux. Venant du jihadisme, il ne pouvait être qu’un psychorigide sectaire, voire fanatique. Il se révèle être un réaliste froid. Il n’a pas hésité à lancer ses troupes dans les territoires kurdes sous Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie (AANES). Puis, après une victoire éclair, il a su faire de maigres concessions qui ont permis de parvenir fin janvier à un accord ô combien fragile. Deux logiques étaient en fait condamnées à un inévitable affrontement.
L’unité du pays ne pouvait s’accommoder d’un pouvoir kurde lourdement armé, et qui plus est dominateur dans cette région riche en pétrole.
Les Kurdes, éternels sacrifiés de l’histoire, puisaient une légitimité nouvelle dans le combat héroïque qu’ils avaient mené contre Daech, en marge de la révolution syrienne. Le parti de l’Union démocratique (PYD), branche syrienne du parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK turc), avait livré au sol le combat auquel se refusaient les États-Unis, le Royaume-Uni et la France. Tandis que les « grandes puissances » bombardaient les positions de Daech, les Kurdes mouraient par procuration pour chasser Daech de son fief de Raqqa. L’épithète « terroriste » accolée au PKK par les gouvernements turcs et, par suite, par les Américains et les Européens, était soudain oubliée.
Sur le même sujet : Les Kurdes de Syrie dos au mur
Les Kurdes ont-ils cru qu’ils seraient payés en retour et qu’ils obtiendraient l’autonomie administrative et militaire que leur action à leurs yeux méritait ? Ils se sont heurtés violemment à la logique d’Al-Charaa. L’homme qui a pris le pouvoir à Damas en janvier 2024 s’est fixé pour objectif de « réinventer » la…
Auteur: Denis Sieffert

