Après la chute en décembre du régime de Bachar Al-Assad, responsable de plusieurs centaines de milliers de morts au cours de la guerre civile qui avait débuté en 2011, c’est à présent la communauté du président déchu, les alaouites – une branche de l’islam proche du chiisme mais n’en relevant pas directement – qui fait l’objet de massacres perpétrés par des combattants sunnites proches du nouveau pouvoir de Damas, dirigé par l’ancien chef djihadiste Ahmed Al-Charaa. Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie (IREMAM-CNRS), analyse cette nouvelle spirale de violence.
Aujourd’hui, quand on parle des alaouites en Syrie, de qui parle-t-on exactement ? Quelle est leur proportion dans la population syrienne ?
Thomas Pierret : En Syrie, il n’y a pas de recensement officiel prenant en compte l’identité ethnique et confessionnelle. Selon les estimations, les alaouites représentaient avant la guerre entre 7 % et 12 % des quelque 20 millions de Syriens. Durant la guerre, leur proportion dans la population totale a sans doute augmenté du fait de la vague de réfugiés qui ont quitté la Syrie pendant la guerre et qui étaient principalement des sunnites.
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On présente souvent les alaouites comme une minorité qui, pendant des décennies, a été dominante – associée à Hafez puis à Bachar Al-Assad, eux-mêmes alaouites – dans un pays où 80 % des habitants sont sunnites. Cette lecture est-elle fidèle à la réalité ? La communauté a-t-elle profité de l’ancien régime ?
T. P. : Les alaouites représentaient l’écrasante majorité des officiers de l’armée et des services de renseignement de l’ancien régime : à la chute de ce dernier, il…
Auteur: Thomas Pierret, Chargé de recherches à l’Institut de Recherches et d’Études sur les Mondes Arabes et Musulmans (IREMAM), Aix-Marseille Université (AMU)

