Il a fallu une dizaine de jours pour que s’effondre un système en place depuis 1970. Les explications sont multiples, mais elles sont avant tout à chercher dans le pourrissement du régime de l’intérieur.
Dans une Syrie qui stagnait depuis 2018 dans une situation de « ni paix, ni guerre », la chute du régime Assad en un peu plus d’une semaine a été une surprise totale. L’offensive victorieuse du groupe armé non étatique Hayat Tahrir al-Cham (HTC), implanté depuis des années dans le nord-ouest du pays, a brutalement mis fin au régime mis en place par Hafez Al-Assad après son coup d’État « rectificatif » (tashihiyya) de novembre 1970 et perpétué à sa mort en 2000 par son fils Bachar à travers une succession dynastique.
Après sa « victoire » proclamée dans la guerre civile (2012-2018), le régime Assad avait maintenu en place un système sécuritaire et répressif extrêmement violent, ce qu’ont confirmé après sa chute, pour ceux qui n’avaient pas voulu le voir avant, les images horribles de la prison de Saidnaya ou d’autres centres des services de renseignement (mukhabarat).
Comment expliquer l’effondrement aussi rapide d’un pouvoir qui semblait avoir survécu à la révolte de sa société en 2011 ? La réponse tient dans la nature de ce régime, qui a fini, par sa propre impéritie, par construire les éléments de sa perte.
Une armée aux abonnés absents
Tous les régimes autoritaires ont un pilier militaire en arrière-plan, quand leur dirigeant n’est pas lui-même directement issu de l’armée : Hafez était un officier de l’armée de l’air ; Bachar, lui, avait été adoubé « en accéléré » par son père à la fin des années 1990 après la mort de Bassel, l’aîné, héritier présomptif et militaire lui aussi. L’armée est un pilier essentiel pour le maintien du régime, même s’il est moins visible en première approche que la police secrète (mukhabarat) qui…
Auteur: Philippe Droz-Vincent, Professeur agrégé en sciences politiques et en relations internationales. Spécialiste du monde arabe, Sciences Po Grenoble

