Tabac, colza, maïs… L'Europe complice de la déforestation tropicale

Emmanuel Maurel est député européen, cofondateur de la Gauche républicaine et socialiste, et membre du groupe de la gauche unitaire européenne.


Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 420 millions d’hectares de forêts ont disparu dans le monde entre 1998 et 2020, soit 10 % des forêts mondiales restantes. Une surface aussi importante que la totalité de l’Union européenne ! Pourtant, les forêts jouent un rôle majeur dans la préservation de l’environnement. Capables de capter le carbone en rejetant de l’oxygène, elles abritent également plus de 80 % de la biodiversité mondiale et représentent des milliers d’emplois. En première ligne de la destruction de ces écosystèmes, l’expansion agricole et l’élevage, responsables à 88,5 % de leur disparition à travers le monde, principalement en Amérique du Sud.

L’Union européenne a sa part de responsabilité dans ce massacre. Certes, elle a mis en place en Europe des politiques de reboisements massifs permettant de lutter contre la déforestation. Mais les accords de libre-échange et nos modèles actuels d’élevage et de consommation déplacent le problème, en externalisant notre empreinte carbone. Nos importations de soja du Brésil, par exemple, sont une catastrophe pour la forêt amazonienne. Selon le Fonds mondial pour la nature (WWF), les importations de l’Union ont été à l’origine de la destruction d’environ 3,5 millions d’hectares de forêts tropicales entre 2005 et 2017, et du rejet de plus de 1,8 milliard de tonnes de CO2. L’équivalent de 40 % des émissions annuelles de gaz à effet de serre de l’Union !

Les accords de libre-échange et nos modèles d’élevage et de consommation externalisent notre empreinte carbone

Comme l’Union européenne est fondée sur la liberté du commerce, sacralisée dans ses traités comme une fin en soi, il lui est inconcevable d’éradiquer l’importation de produits dont la fabrication a nécessité la déforestation, à l’instar des bovins et du soja. Elle ne peut pas non plus renoncer à des accords de libre-échange scandaleux tels que le Mercosur, muet sur la déforestation de l’Amazonie, ou celui qu’elle négocie actuellement avec l’Indonésie, dont les forêts sont détruites pour laisser place aux cultures d’huile de palme.

Mais elle tente de limiter sa responsabilité en se frayant un chemin entre le credo libre-échangiste et la préoccupation environnementale. C’est ce qui ressort de cette proposition de règlement pour…

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Auteur: Reporterre

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