Tableau d'une manifestation

En 1878, Claude Monet peint La Rue Montorgueil pavoisée. C’est comme pour un 14 juillet. Le peintre fait jaillir du ravin de la rue des centaines de drapeaux tricolores déchiquetés, volatiles et tirés comme des langues vers un ciel dans la fraîcheur pâle duquel, au haut de l’image, ils se fondent.
Soufflés hors de la falaise des immeubles, ces oriflammes ébranlent l’immobilité du bâti urbain, crépi d’habitudes, sans fenêtres visibles, opaque. Ils réaniment ces parois mortes et vouent à une réinvention déstabilisante l’espace où elles gisaient.

Pour un peu, cette réinvention emporterait avec elle, pas loin de vouloir conquérir le ciel, les minuscules silhouettes qui piétinaient, écrasées, dans la rue, en bas.
Effet : renaissance, exaltation.
Alors on se souvient de ce que Michelet disait des enthousiasmes de 1789 : « le peuple est passé du néant à l’être ».
Devant le tableau de Monet, au moins peut-on se souvenir que ce passage fut un jour possible et que la vie (civique en tout cas,) l’action sociale, l’exaltation politique n’ont de sens et de prix qu’à vouloir que ce possible revienne.

Ces lignes un peu naïvement survoltées parce que ces jours derniers le tableau de Monet a ressurgi devant moi. D’abord subliminal, puis triomphalement sur-imprimé aux images des manifestations lycéennes de cette fin octobre.
Les médias dominants ont fait des efforts méticuleux pour ne nous montrer de ces manifestations que les violences adjacentes (incendies et pillages). On sait pourquoi. On sait de quoi ça permet de ne pas parler et avec quel cynisme ça renverse la logique des causes et des effets.
Cette manipulation des images disponibles a largement caché (censuré) la prolifération, dans les manifestations et les piquets des grève, des petits écriteaux brandis par les manifestants. En, tout cas elle en a pour le moins minimisé la présence, l’effet, le sens.
Or, ces innombrables…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev