Taupe là !

Il n’avait pas de nom, ni de prénom, car déjà le nommer serait le trahir. Il hantait mon univers mental depuis des mois, gris, tout gris, rabougri. Pour le voir, il fallait que j’attende la nuit. Reclus dans la maisonnette au dessus du chemin qui longeait la voie ferrée, nul ne venait à lui, ni lui à personne. A peine, sans doute, mangeait-il. En cela, avait-il suivi les préceptes d’une catastrophe annoncée ou renoncé à l’immangeable ? En bref, il s’était effacé du monde.

Du moins l’avait-on pensé autour de lui avant de finir par l’oublier. Sauf moi, qui l’avais dans ma plume, le personnage gris, tout gris de mon esprit. Gris rabougri. Ce que je savais pourtant, et la nuit seulement, c’était que si nulle agitation ne venait du dedans, toute une vie s’agitait à l’ envers de ce dedans. D’abord la terre, le long de la voie de chemin de fer. Remuée, brassée, éjectée des profondeurs, au petit matin elle séchait par centaines d’amas frôlant le grillage de protection au-delà duquel flemmardaient les rails de la voie . Des trains arrivaient en rugissant avant de s’affaler sur les quais. Dix fois par jour, peut-être vingt.

Noël le père, le fils avait démissionné, dix fois par jour, peut-être vingt, marchait le long des voies en comptant les boulons . Pas un ne manquait au petit matin . On ne se souvenait plus de l’accident qui avait fauché les voyageurs sur un quai à la suite d’une défaillance de l’entretien minimal offert au dieu Rentabilité, loué fût-il, mais on avait gardé l’empreinte fossilisée de sa remédiation : compter les boulons, c’était son boulot au père Noël. Et pas un ne manquait au petit matin. Et la terre, de l’autre côté du grillage qui protégeait la voie ne bougeait pas et perdait sa fraîcheur au long des journées pour la retrouver dès la nuit tombée, en milliers de petits tas secoués.

Lui, l’homme gris rabougri de ma plume, savait qu’en dessous, on était à l’oeuvre .Voir ne lui importait pas . Il…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

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