Sale temps pour l’éditocratie ! Après avoir patiemment contribué, il y a plus d’un an, à faire oublier la victoire de la gauche aux élections législatives, les chefferies éditoriales ont vu tour à tour tomber leur « homme de consensus » (Le Monde), alias Michel Barnier, et leur « homme du compromis » (L’Express), alias François Bayrou. Qu’à cela ne tienne ! Avec la nomination de Sébastien Lecornu au poste de Premier ministre, la presse reprend son souffle et télégraphie le discours des communicants, saluant « l’habileté et la rondeur » (Le Parisien) de ce « fin négociateur » (France Info), dont le CV passe au crible d’un journalisme politique impitoyable. « [Il] affiche de nombreuses qualités », analyse ainsi La Voix du Nord, avant d’entamer la liste : « capacités à gérer les crises » ; « talents éprouvés de négociateur parlementaire » ; « méthode préférant la subtilité à l’affrontement direct ». Etc. Journaliste… ou directeur RH ? Reste que parmi les plus vaillants gardiens de l’ordre, certains semblent perdre patience : « Les élus ne parviennent pas à imaginer des gouvernements fondés sur la négociation et le compromis », s’agace Le Monde, qui porte la voix d’un « cercle de la raison » inquiet, lassé de tant d’instabilité politique.
Concert des gardiens de l’ordre
Aussi les grands médias n’ont-ils pas accueilli d’un très bon œil le mouvement social du mois de septembre. Face aux actions de blocage et aux manifestations syndicales, les chaînes d’information en continu ont émis tel un disque rayé – « extrême gauche – ultra-gauche – black bloc – casseurs – violence – chaos » – et les chefferies médiatiques ont suivi la feuille de route traditionnelle par temps de mobilisation : focalisation sur les « effets » des grèves – au détriment des causes ; invectives contre les manifestants ; interviews sous forme…
Auteur: Pauline Perrenot

