Il n’est pas de révolte plus absolue que celle qui porte ces lignes. Une révolte vieille comme la Nuit accouchant du premier Jour. Et moi, maniant la plume acérée du scandale, je demeure esclave de cette fronde vengeresse.
L’Histoire, choisissant seule les supports pour sa propre reproduction, me pointe aujourd’hui du doigt, exigeant de ma personne le déversement d’un flot de vérité tiède. Mais l’atmosphère brûlante qui m’enveloppe l’esprit m’impose d’aller vite et fort, avant qu’il s’évapore.
Je dois tenir l’équilibre que je dénonce pour encore me faire entendre. Que voulez-vous… Infidèles, nous restons les enfants de la contradiction.
Aussi je crois que la pensée devrait rester liquide. Mais comment résister au blizzard qui fouette chaque mot, paralyse chaque pensée, écorche chaque langue ? Comment délivrer du givre la parole ? La Société est ce royaume de glace qu’il nous faut brûler.
Le symbole, si longtemps soumis à cette entreprise de pétrification des choses qu’on appelle « monde », survivra-t-il encore à ce lourd dévoiement ? Ici on ne peut qu’espérer. Espérer fondre en silence, d’abord. Puis, peu à peu, réentendre le langage comme art du possible : construction infinie de formes aux desseins fuyants, aux lignes fugaces, aux rêves fugitifs.
Entendez : je viens crever les tympans de votre curiosité muette ! Étouffer de mes mains son silence jusqu’à ce que retentisse, enfin, l’antique question — jusqu’à ce qu’elle explose ! Soufflés par ses couleurs vous saisirez alors vos pinceaux, caresserez de leurs poils souples chaque angle cadrant vos vies et, désormais avertis, n’attendrez plus que cela sèche.
*BASCULEMENTS
I
Quand le gris des murs se cherche une compagnie
Le ciel lui répond de son plus beau silence
Partout le neutre avait vaincu les âmes
Nous l’abritions comme un enfant sans vie
Aujourd’hui sonne le dernier jour
Demain est révolu
À…
Auteur: dev

