Un pont d’or. La France, dans sa quête quasi obsessionnelle de concurrence sur son réseau ferré, va offrir à la compagnie Trenitalia un cadeau de bienvenue se chiffrant à 30 millions d’euros, pour l’aider à s’installer sur le tronçon Marseille-Paris, à partir du 15 juin prochain.
Cette aide, dont le détail a été dévoilé par le syndicat Sud-Rail le 12 mars, correspond à des ristournes sur les péages que chaque train doit payer au gestionnaire du réseau. Péages qui sont parmi les plus élevés d’Europe et représentent au total 40 % du prix des billets. Cette réduction offre un avantage comparatif considérable à la compagnie publique italienne, puisqu’elle représente 28 % des péages la première année (puis 25 % en 2026, 13 % en 2027 et 10 % en 2028). Voilà comment Trenitalia arrive à afficher un prix d’appel imbattable de 27 euros pour son Marseille-Paris.
« C’est un mécanisme tarifaire très normé, contrôlé et validé par l’Autorité de régulation des transports (ART), affirme la SNCF Réseau, gestionnaire des voies, citée par BFMTV. L’objectif : aider le nouvel entrant à lancer son offre en compensant temporairement le désavantage qu’il subit face aux opérateurs déjà établis ». Contactée par Reporterre, Trenitalia ne confirme pas, ni n’infirme, les chiffres annoncés : « Le processus de tarification est encore en cours, dit la compagnie. Cette tarification négociée visant à compenser un déséquilibre objectif est un mécanisme temporaire, et non un avantage accordé. »
Pour se lancer sur le Paris-Lyon, en 2022, la compagnie avait déjà bénéficié d’une telle ristourne, ce qui ne lui a paradoxalement pas permis de trouver l’équilibre financier sur ce tronçon pourtant surfréquenté. Selon ses derniers résultats connus, elle a même perdu 50 millions d’euros en 2023, pour un chiffre d’affaires de 46 millions d’euros. Et cela ne s’est pas arrangé…
Auteur: Erwan Manac’h

