Avec sa troisième saison tournée dans des hôtels cinq étoiles de la Thaïlande, The White Lotus offre bien plus qu’une satire du tourisme de luxe. Elle expose, en toile de fond, un monde où le privilège et le bien-être des riches se construisent sur le dos des populations locales.
Visionnée par plus de 15 millions de personnes, cette série est aussi un outil promotionnel puissant pour la Thaïlande. Elle a contribué à une hausse de 104 % du trafic en ligne vers la luxueuse chaîne Anantara, dont trois des hôtels ont servi de lieu de tournage de la série.
Réalisée en partenariat avec l’Autorité du Tourisme de la Thaïlande et l’hôtel Four Seasons de Koh Samui, un des lieux de tournage, The White Lotus s’inscrit pleinement dans la stratégie gouvernementale pour attirer une clientèle haut de gamme. Le gouvernement a d’ailleurs octroyé un allègement fiscal de 4,4 millions de dollars, qui a fait basculer la décision en faveur de la Thaïlande comme site de production plutôt que du Japon.
La volonté de miser sur le tourisme de luxe ne date pas d’hier. Depuis la pandémie, le gouvernement thaïlandais a mis en place plusieurs mesures ciblant les voyageurs fortunés : nouveau visa exclusif réduction massive sur les droits d’importation des produits de luxe, et campagnes comme Visit Thailand : Amazing New Chapters, mettant l’accent sur des vacances de luxe.
Le gouvernement a également inauguré un terminal pour jets privés et deux marinas pour superyachts, à l’image du catamaran de luxe de 177 pieds montré dans la série. Ces projets illustrent une stratégie visant à utiliser des fonds publics pour attirer des visiteurs fortunés dans les hôtels de luxe.
Pourtant, les impacts sociaux et économiques de ce modèle restent peu discutés.
Chercheur à la…
Auteur: Alexandre Veilleux, Chargé de cours en science politique, Université de Montréal

