► Et si c’était vrai ?
Prisée des scientifiques, la démonstration par l’absurde nourrit le texte de Rhinocéros, pièce d’Eugène Ionesco créée d’abord dans une version allemande avant que Jean-Louis Barrault ne la monte à l’Odéon en 1960. L’argument tient en quelques lignes : dans une bourgade provinciale, un rhinocéros fait irruption en pleine rue. D’où vient-il ? De quel zoo s’est-il échappé ?
Les hypothèses vont bon train quand, un à un, les habitants se transforment à leur tour en animal. Le mal se propage… Comme toute fable, Rhinocéros choisit la fantaisie pour sonder la réalité. Ici, la déferlante des colosses incontrôlables, légitimés par leur seule force, témoigne de la prolifération des idéologies brutales et déshumanisantes.
► Des briques à tout faire
Il fallait y penser et Bérangère Vantusso, dont la pratique théâtrale mêle le jeu des acteurs à l’art des marionnettes, l’a fait. En fond de scène, un haut mur de cubes en céramique blanche. Assemblées par milliers, ces briques paraissent solides et rassurantes, avant de prendre vie au fil du spectacle.
Tantôt, elles s’écroulent bruyamment sous les assauts des pachydermes, tantôt elles se plient docilement – du moins en apparence – à la volonté des comédiens pour devenir un verre, un siège, un lit… Depuis la salle, la succession des tableaux s’inscrit dans une esthétique élégante à l’instabilité de plus en plus inquiétante.
► Un travail collectif
Rôles principaux et personnages secondaires forment un ensemble choral d’où émergent d’excellents solistes. Les mouvements de la troupe participent autant de la chorégraphie que du jeu d’acteurs, chaque scène introduisant la suivante par des changements à vue de costumes doublés de brefs intermèdes musicaux.
On pense aux couplets, badins puis angoissés, d’une chanson que rythme un même refrain lancinant. Aussi, les quelques pesanteurs du…
Auteur: Emmanuelle Giuliani

