Le scénariste de Joker (2019) de Todd Phillips, Scott Silver, avait scénarisé 8 Miles en 2002 puis The Fighter en 2010. Soit deux biopics sur l’émancipation par le rap ou la boxe du ’white trash’ américain – déplacement ou repli ’blanc’ (irlande, écosse, luxembourg, europe de l’est) de l’american dream à la Rocky (moins blanc puisqu’italien, donc potentiellement olivâtre et mafiosi). Avec Joker en 2019, ce qu’il se passe dans la tête de Scott Silver est probablement ce qu’il se passe dans le cœur confus des droites insurrectionnelles contemporaines.
Non seulement le scénariste rappelle qu’il est remonté plus haut que ses propres lubies, plus loin que 8 Miles, plus loin que The Fighter (qu’on peut comparer à Raging Bull, 1980), plus loin, donc, en 1976, aux sources de ces histoires de Blanc qui, n’ayant ni la chanson ni la boxe, finissent par compenser leur déshérence existentielle par des actes de bravoure justicier, bourgeoisie-compatible – nettoyer les rues de la racaille, promesse de politicien conservateur jamais réalisée –, bref à Taxi Driver de Scorcese (1976). Derrière Joker, se cache son arrière-arrière-grand-père, non pas le successfull Eminem (8 Miles), non pas le boxeur champion du monde Micky Ward (The Fighter), bref non pas le Rocky blanc, mais l’antihéros de Taxi Driver, le taximan, ex-marine vétéran, originaire de la Corn Belt (Midwest), qui vaque son non-sens postvietnamien dans les rues mal famées d’un New York lugubre, dont la politique classique a métaphoriquement rejeté les avances, et qui finit par acheter une arme, tirer sur un braqueur Afro-américain puis devenir, pour un soir, le ’white savior’ d’une petite prostituée exploitée par des proxénètes italiens. Ce contre-Rocky (Taxi Driver et Rocky sortent la même année en 1976), cet anti-héros blanc incapable de reproduire l’ascension de l’« Étalon italien » sur les futures « rocky steps »…
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Auteur: dev

