LR&LP : Comment avez-vous développé votre approche à la cueillette sauvage ?
Ce qui m’a amené aux plantes, c’est le soin, les plantes médicinales. J’ai fini par en faire mon métier. Ce qui m’a intéressé, c’est l’autonomie. Pouvoir faire avec ce qu’on a sous la main et sous nos pieds : une forme de liberté. Je peux choisir de me soigner avec cette plante, ou pas. Choisir là où je la récolte.
C’est aussi un refus de se soumettre à l’emprise du monde pharmaceutique sur nos vies, où on ne doit plus vieillir, avoir toutes ses dents jusqu’à 80 ans, ne pas trop avoir de rides ou de poids, forcément toujours bien dormir, ne plus avoir de douleurs ou de mouvements d’humeurs etc. J’exagère à peine.
On devrait incarner un espèce d’idéal qui existe surtout sur le papier ou dans un spot publicitaire. Avec les plantes, j’ai la volonté d’échapper un peu à cette forme d’« invasion » de l’industrie pharmaceutique dans ma vie.
LR&LP : A partir de quand avez-vous commencé à vous intéresser aux arbres qui résistent à la sécheresse ?
Depuis environ 25 ans. Quand on est cueilleur, forcément, on est un peu des sentinelles parce qu’on dépend de ces aléas, donc on les ressent de suite. Je regarde attentivement les plantes tout au long de l’année, tous les jours, parce que c’est mon métier, je les cueille. Ces dernières années, avec la sécheresse, j’ai vu la souffrance des arbres avec ce qu’on appelle « la descente de cime ».
Les arbres ont un feuillage de moins en moins luxuriant, de moins en moins vigoureux. Maintenant, quand on se met sous un chêne ou un hêtre ou n’importe quel arbre, on voit un peu le ciel à travers. Alors qu’avant durant l’été, la canopée était fermée, on ne voyait pas le bleu du ciel à travers le feuillage. Ça, je le perçois depuis une vingtaine d’années, et c’est un phénomène qui va un peu crescendo et m’a sauté aux yeux.
Après, j’ai…
Auteur: Laurie Debove
