Le Premier ministre, François Bayrou, a annoncé le 25 août qu’il engagera le 8 septembre la responsabilité du gouvernement devant l’Assemblée nationale, réunie en session extraordinaire. Il entend ainsi défendre le budget d’austérité forte qu’il a présenté pour 2026, au nom de la gravité de l’endettement et du déficit de l’État.
Un argument fallacieux pour l’économiste Thomas Porcher, membre de l’association Les Économistes atterrés et auteur de la BD L’Économie pour les 99 % (éd. Stock, 2024), à qui Reporterre a demandé quelles pourraient être les alternatives à ce budget délétère pour l’écologie.
Reporterre — La France est-elle au bord du gouffre à cause de sa dette publique, comme le clame le Premier ministre ?
Thomas Porcher — François Bayrou est alarmiste depuis des mois. Il expliquait déjà en juillet que le pays était en danger de mort. Il a continué sur sa lancée hier [lors de sa conférence de presse le 25 août] en parlant du danger du surendettement. Le Premier ministre est dans une logique de dramatisation pour créer un effet de sidération et pour que les gens acceptent des réformes brutales.
Cela fait des années, avec Les Économistes atterrés, que l’on tente de déconstruire le mythe construit autour de la dette. On nous alarme avec le niveau de la dette publique qui a atteint 114 % du PIB [produit intérieur brut], mais comparer une dette, qui est un stock, au PIB qui est un flux, qui correspond à la richesse produite chaque année par le pays, n’a aucun sens.
On nous parle de la dette de l’État dans les mêmes termes que la dette des ménages, mais là non plus, cela n’a aucun sens, l’État ne fonctionne pas du tout comme des personnes physiques. Et quand bien même : si l’on compare l’endettement immobilier d’un ménage rapporté à ce qu’il gagne chaque année, comme on le fait pour le pays, on pourrait dire que les ménages sont endettés…
Auteur: Vincent Lucchese

