Sans que les motivations du crime ne soient encore connues, l’assassinat d’une surveillante à Nogent (Haute-Marne) par un adolescent de 14 ans, mardi 10 juin, a suscité des réactions politiques concernant la santé mentale des jeunes et les risques liés aux réseaux sociaux. La ministre de l’éducation Élisabeth Borne a estimé qu’il fallait « agir pour prévenir de l’usage excessif des écrans et des réseaux sociaux parce que c’est bien souvent aussi ce qui peut conduire à des comportements violents ». Le président de la République a annoncé vouloir interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans d’ici « quelques mois ». Souvent mis en cause pour sa dangerosité, TikTok est le réseau social le plus utilisé par les adolescents. Selon les études des chercheurs, la plateforme reconfigure leurs repères attentionnels, affectifs et cognitifs, avec un impact important sur leur santé mentale et leur construction personnelle.
Les témoignages de familles endeuillés ont démontré les conséquences parfois tragiques d’une exposition non encadrée. En novembre 2024, par exemple, sept familles françaises ont assigné TikTok en justice, accusant l’application de promouvoir des contenus favorisant les troubles alimentaires, l’automutilation et le suicide, ciblant particulièrement les jeunes utilisateurs. Parmi ces cas, deux adolescentes de 15 ans se sont suicidées, et quatre ont tenté de le faire. Ces affaires illustrent les risques d’une exposition prolongée à des contenus nocifs, d’autant que les utilisateurs fragiles reçoivent jusqu’à 12 fois plus de contenus mortifières (suicide et automutilation) et 3 fois plus de contenus « nuisibles » (troubles alimentaires, anxiété, etc.).
En mars 2025, une commission d’enquête parlementaire – à laquelle nous avons remis un rapport scientifique dans le cadre d’une contribution citoyenne – s’est penchée sur les effets de la plateforme…
Auteur: Fabrice Lollia, Docteur en sciences de l’information et de la communication, chercheur associé laboratoire DICEN Ile de France, Université Gustave Eiffel

