The Cruise, documentaire tourné en 1998 par le réalisateur américain Bennett Miller est actuellement, et pour la première fois en France, projeté dans les bonnes salles de cinéma. Olivier Cheval voit dans Timothy Levitch, le héro guide-conférencier du film, un grand poète de la Kabbale, un poète pour la fin des siècles.
Timothy « Speed » Levitch anime des visites guidées de New-York dans les autocars à double étage de la Gray Line Company. Ce grand tour n’est pas à la portée de n’importe qui. Le Virgile de Dante aurait assuré, lui aussi. Spartacus, Brutus, Attila le Hun, Speed les imaginerait plutôt dans l’Apple Tour, une compagnie concurrente de moindre réputation. Vous voyez, Timothy Levitch tient en haute estime son métier, mais ça ne l’empêche pas de dire pis que pendre de ça, les métiers : la nécessité de travailler pour vivre est la honte de la civilisation. C’est la première chose dont il se débarrasserait, s’il devenait omnipotent. Avant même son acné. De toute façon ce n’est pas un métier : la croisière, the cruise, c’est sa vie.
Timothy « Speed » Levitch est un guide-conférencier, le plus grand de tous. Timothy « Speed » Levitch est un dandy, le meilleur d’entre eux — le statu-quo exact entre un prince et un va-nu-pieds. Timothy « Speed » Levitch est un Juif new-yorkais, et rien, ni sa paire de grosses lunettes, ni sa voix de Janice dans Friends, ni sa peau grasse à imperfections ne le privera de l’aura mythologique du Juif errant, un Juif errant enfermé dans une ville, dans une boucle dans la ville, une boucle quotidiennement répétée. Mais une boucle à destinations fixes, c’est le dessin que forme toute vie, dit-il. Timothy « Speed » Levitch est un poète.
Le tour guidé en autocar est la forme où se déploie son dit poétique. La ville, son thème. La vitesse, son style. La grandiloquence et la…
Auteur: dev

