Leïla Chaix (dont nous avons publié OK CHAOS) a lu le nouveau livre de Nan Marci (que nous avons récemment interviewée à propos de la Mad Pride). Elle a beaucoup aimé.
le monde n’était rien de solide
je me retrousse dans lui
il se retrousse dans moi
deux intestins vides
solidaires
faits pour tenir serrée
la vie hachée
C’est depuis mon lit que j’écris. Je suis HS. Je suis pas foutue de faire un feu, la fumée envahit la pièce. Mon trouble anxieux me rend tellement envahissante ; ça s’accentue face à la fuite et aux esquives. Je fais la grande, mais je sanglote comme un gamine au moindre signe de désamour ou simplement d’autonomie. Je ne supporte pas qu’on se détache, je ne sais pas être moi-même. Toujours est-il : je lis très peu de poésie. Si je n’ai pas accès à la prose d’une personne, je ne comprends pas ce qu’elle dit. J’ai besoin que les choses soient directes et explicites ; si possible autobiographiques et cérébrales, articulées. C’est pourquoi quand j’ai lu ton livre, je t’ai cherché..e. Tu traduisais des tas de choses que je ressens, qui sont sans nom. « Tenir serrée la vie hachée ».
Qu’est-ce qu’on fait de ce pu cosmique qui gicle à l’intérieur de nous ? Souffrance psychique ; éthique nourrie par l’expérience de la douleur, du traumatisme ; cauchemars abjectes qu’on n’ose raconter à personne. J’ai lu tes vers et j’ai fini par mieux t’entendre, et ta voix insistait en moi comme un glu :
d’où
ils ont la joie
les épaules légères
et des petites déjeuners jolis ?
tandis que
tous les gens que j’aime
ils meurent
tôt
ils meurent
morts
Nous sommes du côté de l’odeur. Il y a l’odeur, et celleux que l’odeur dérange. Je sens la force d’appartenir au clan des personnes ravagées, blessées, piétinées, dominées. Je te lis et je te rencontre, c’est comme si on s’était connues. J’appartiens à la classe difforme. Celleux qui ont besoin des…
Auteur: dev

