L’acte I de Tristan et Isolde de Wagner mis en scène par Tiago Rodrigues, dont je tairai dorénavant le nom, est un moment crucial dans l’histoire du rapport de la Culture officielle et largement subventionnée avec son public. Il ne s’agit pas d’une quelconque adaptation qui trahirait, comme toute adaptation, l’original, ni d’une simple interprétation : le Tristan et Isolde de cet homme que nous appellerons ici l’homme cool est une œuvre de censure, la proclamation de l’irrémédiable désuétude de Wagner.
Il primo lo ammazzarono a bastonate perché aveva citato Spinoza in un talk show.
Giacomo Papi, Il censimento dei radical chic, 2019
Je ne parlerai que de l’acte I parce que, souhaitant me laisser la chance de jouir un jour de Tristan et Isolde de Wagner, j’ai choisi de quitter l’Opéra à l’entracte. Je ne parlerai, à vrai dire, que de la mise en scène. Plus précisément encore, je ne parlerai que d’une idée que le metteur en scène a eue, son idée principale : remplacer le texte de Wagner par le sien dans le sous-titrage. Il n’a pas traduit Wagner, attention, il l’a résumé, synthétisé. C’est un autre texte que le spectateur lit pendant que les chanteurs chantent Wagner : le texte de l’homme cool. Il est Poète, alors il peut faire taire l’original, ses propres mots étant plus efficaces, mieux choisis en quelque sorte, plus justes que ceux de Wagner.
Une idée facile, démagogique, nuisible.
L’homme cool oblitère jusqu’aux noms des personnages en les remplaçant par les groupes nominaux génériques « l’homme triste » et « la femme triste » qu’il pense, je crois comprendre, aptes à élargir la compréhension de l’œuvre, à signifier que l’histoire narrée est universelle. Dès lors pourquoi, doit-il se dire, appeler Isolde Isolde et Tristan Tristan ? Après tout, Tristan et Isolde ne sont-ils pas simplement un homme triste et une femme triste comme toi, spectateur, qui…
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Auteur: dev

