Londres (Royaume-Uni), reportage
Sur les rives de la Tamise, nichée derrière le Parlement britannique, la partie sud des jardins de la Victoria Tower offre un spectacle inhabituel. Finies les rayures parfaites, l’herbe est haute et désordonnée. Ici et là, pâquerettes et céraistes apparaissent. La pelouse n’est pas tondue depuis trois semaines. Un peu plus loin, même constat dans le St-George Square. Au milieu d’arbres centenaires, le parc se partage en deux : une pelouse soignée, où se prélassent les promeneurs, et une autre, rebelle, où seuls les chiens osent s’aventurer.
À l’entrée du parc, une affiche indique que le conseil municipal de Westminster participe au « No Mow May » (« Pas de tonte en mai »), « pour favoriser l’apparition de fleurs sauvages dans certains de nos parcs, espaces verts et lotissements, afin d’aider les papillons et les abeilles à prospérer et la nature à s’épanouir ». Cette année, 49 conseils municipaux, près d’un sur six en Angleterre, jouent le jeu.
Le mouvement au nom anglais accrocheur est né en 2019 à l’initiative de l’association Plantlife. L’idée est simple, surtout pour les apprentis jardiniers : en mai, voire tout au long de l’été, ne rien faire. « Beaucoup de Britanniques pensent que leur pelouse doit être bien tondue et bien rangée, dit Joanne Riggall, responsable de la défense des prairies à Plantlife. Or, lorsque vous tondez en mai, vous coupez les têtes des plantes en fleurs et les empêchez de monter en graine. Ce qui bloque le nectar et le pollen, qui sont une très bonne source de nourriture pour les pollinisateurs et autres insectes. Par ailleurs, en tondant, vous empêchez les plantes sauvages de pousser l’année suivante. Donc notre démarche, c’est amener les gens à penser différemment. Leurs jardins ont un potentiel immense pour la faune et la flore sauvages. »
La situation est alarmante : ces vingt dernières années, la population…
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