Lorsque la vice-présidente américaine Kamala Harris a été présentée comme la successeure probable du président Joe Biden, le candidat républicain à l’élection présidentielle Donald Trump et son équipe se sont empressés de tourner son rire en dérision en l’appelant « laffin’ Kamala Harris » (ce qu’on pourrait traduire en français par « Kamala Harris la rigolarde »).
Lors d’un rassemblement dans le Michigan le 20 juillet, Trump a recommencé avec une formule similaire :
« Je l’appelle Kamala-qui-rit (Laughing Kamala). Vous l’avez déjà regardée rire ? Elle est folle. Vous savez, on peut dire beaucoup de choses d’un rire. Non, elle est folle. Elle est folle. »
Ce que voulaient probablement suggérer Trump et son équipe, c’est que la joie irrépressible de cette femme ne pouvait être que la marque de son manque d’autorité et le signe évident de son incompétence.
Le lien entre sérieux et autorité ne date pas d’hier : Trump et son équipe ne sont pas les premiers à avoir associé la sagesse et l’autorité à la gravité et à l’absence de rire.
En 1855, Charles Baudelaire lui-même a écrit, dans son essai De l’essence du rire, paraphrasant le théologien Jacques-Bénigne Bossuet :
« Le Sage ne rit qu’en tremblant. »
Le poète poursuit ensuite en expliquant que les sages ont peur de rire parce qu’ils soupçonnent une « contradiction secrète » entre la sagesse et le rire. Après tout, écrit Baudelaire, Jésus-Christ n’a jamais ri.
Le critique Jason Zinoman, dans son article publié par le New York Times consacré à la ligne d’attaque de Trump, écrit :
« L’argument contre le rire, c’est qu’il va faire paraître un dirigeant moins sérieux. »
Il y a cependant une autre raison pour laquelle les adversaires de Kamala Harris estimaient que de telles railleries étaient de nature à lui porter préjudice : ils pensaient qu’elles la feraient paraître…
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Auteur: Maria C. Scott, Associate Professor of French Literature and Thought, University of Exeter

