Dans « Le Triomphe des égoïsmes », le sociologue Camille Peugny montre que l’adhésion croissante des classes moyennes supérieures à l’idéologie néolibérale contribue à la montée des inégalités et fragilise dangereusement la cohésion sociale.
Quel a été le point de départ de votre livre ?
Camille Peugny Je voulais proposer une analyse des dynamiques de la société française en rassemblant deux recherches, effectuées à deux endroits très différents de l’espace social et témoignant chacune à leur manière d’un recul important du collectif.
D’abord, j’ai enquêté dans une ville de l’ouest de la France, auprès de femmes de ménage employées par une grande entreprise de services à la personne, mais qui travaillaient seules pour des clients particuliers. J’y ai mesuré combien l’action syndicale, en dépit de conditions de travail difficiles, peinait à s’implanter, et essayé de comprendre pourquoi.
Ensuite, en menant une étude statistique à partir du baromètre d’opinion annuel publié par le ministère de la Santé et des Affaires sociales, j’ai constaté que les classes moyennes supérieures étaient passées en une vingtaine d’années d’une vision sociologique des inégalités à une grille d’analyse centrée sur le mérite individuel. Alors que ce groupe adhérait en majorité à l’idée d’une certaine dose de déterminisme social – donc aussi…
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