L’Histoire a bien failli s’arrêter le soir du 27 juillet 1830. Dans la confusion d’une émeute devenue insurrection, aux premières heures de la révolution de Juillet qui a entraîné la chute du roi Charles X, un « incident » a retenu l’attention du philosophe allemand Walter Benjamin : « Il s’avéra qu’en plusieurs endroits de Paris, indépendamment et au même moment, on avait tiré sur les horloges murales. » Serait-ce le premier mouvement social qui avait comme objectif de bloquer le temps, mis à profit par les pionniers du capitalisme pour cadencer la productivité des travailleurs ?
Benjamin cite trois vers formulés par « un témoin » : « Qui le croirait ? On dit qu’irrités contre l’heure / De nouveaux Josué, au pied de chaque tour / Tiraient sur les cadrans pour arrêter le jour. » Le penseur de l’École de Francfort en conclut, dans ses thèses Sur le concept d’histoire (1942), que tout interrompre, y compris le temps, serait le premier geste authentiquement révolutionnaire.
Alors que les appels à « tout bloquer » se multiplient à l’approche du 10 septembre, les écolos tentent de se saisir du mot d’ordre pour en rappeler ses vertus écologiques, énoncées dès les années 1970 dans la bande dessinée L’An 01 de Gébé : « On arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste. »
« Les mouvements mobilisent aujourd’hui explicitement la notion de blocage »
L’historien Dominique Pinsolle, spécialiste des mouvements ouvriers et du sabotage, a retracé minutieusement la genèse des appels au blocage. Et, pour lui, pas de doute : depuis une dizaine d’années, « on assiste à une évolution du répertoire d’action des mouvements sociaux ». S’il y avait déjà de nombreuses actions entraînant des interruptions — la manifestation bloque la circulation, la grève entrave la production —, « la nouveauté est que les mouvements mobilisent…
Auteur: Nicolas Celnik

