Trelawny (Jamaïque), reportage
Village agricole niché dans les collines centrales de la Jamaïque, Troy compte environ 250 habitants et vit presque exclusivement de l’agriculture. Les familles y cultivent principalement de l’igname (tubercule tropical, proche de la patate douce) et des bananes. Mais depuis le passage du violent ouragan Melissa le 28 octobre, faisant au moins 28 morts, tout est bouleversé : les champs sont dévastés, de nombreuses maisons ont perdu leur toit, les routes sont bloquées par des arbres et des poteaux électriques sont tombés.
Depuis plusieurs jours, la commune est complètement isolée, sans électricité ni réseau téléphonique. Beaucoup d’habitants n’ont pas pu téléphoner à leurs proches pour les rassurer.
« J’avais planté 1 300 buttes d’ignames et je n’en ai pas une seule qui a survécu, raconte Cherine Green, agricultrice et propriétaire d’une petite boutique. Mes poules, plus d’une centaine, sont toutes mortes. Un énorme arbre est tombé sur le poulailler. C’est le pire ouragan que j’aie jamais vu en cinquante-huit ans. Je suis abattue, mais on ne peut rien faire. Au moins, on a encore la vie. » Seul son arbre à jackfruits a résisté.
Dans la commune voisine de Wilson’s Run, Isreal Calvin, 70 ans, partage son désarroi : « Je n’ai jamais vu ça depuis que je suis né. Mes 250 buttes d’ignames, mes 100 bananiers, tout est perdu. Il faut même que je paie quelqu’un pour couper les arbres tombés. Il va falloir tout recommencer à zéro. »
Une longue reconstruction
Si les agriculteurs essaient de rester positifs, ils savent qu’ils s’apprêtent à vivre plusieurs mois sans revenus. À court terme, la population devra faire face à une hausse des prix des fruits et légumes locaux, comme après l’ouragan Beryl en 2024. Sur le long terme, la situation pourrait se répéter.
Pour Theresa Rodriguez-Moodie, directrice générale de l’ONG Jamaica…
Auteur: Melena Helias

