Le propre des révolutionnaires authentiques est qu’en parlant d’eux, on parle de nous. Nous, s’il existe : toutes celles et ceux qui n’ont pas renoncé à changer ce monde lancé dans une course vers le néant. Dans le texte ici traduit, Cangianti nous parle de la force des imaginaires brassés par l’ami récemment disparu Valerio Evangelisti, du Mexique aux plaines d’Emilie-Romagne, de la jungle amazonienne aux ports étatsuniens. En utilisant les ressorts de la littérature fantastique, Valerio a su nous rendre présentes toutes ces batailles perdues qui sont notre trésor et avec elles, la puissance effective ici et maintenant, du non-advenu. S.Q.
Dans la poétique de Valerio Evangelisti, les finals ont un impact esthétique fulgurant, mais aussi une signification politique profonde : « Beaucoup de mes romans, dit-il dans une interview, finissent par une bataille perdue mais qui vaut la peine d’être combattue, parce que la bataille déjà est une libération. » Il ne s’agit pas d’une rhétorique du beau geste qui sauve l’honneur des justes de la boue de la défaite, car la narration des aventures entreprises est capable de construire une mythologie et un imaginaire qui peuvent resurgir dans les luttes futures.
Dans « Sepultura », une des quatre nouvelles du recueil Métal Hurlant, les derniers représentants d’une population première brésilienne sont plongés jusqu’aux genoux dans l’ectoplasme, une substance organique qui se fond avec leurs jambes, empêchant tout mouvement. Ces prisonniers, néanmoins, utilisent de manière créative un autre produit, le « dislocateur », normalement utilisé pour les tortures. Grâce à ce stratagème, ils entrent en symbiose avec l’ectoplasme et évoquent un esprit ayant appartenu à leur tribu qui s’était suicidée pour protester contre la destruction de la forêt amazonienne.
Olavo vit une langue de colle jaillir de Sepultura tel un python affamé et gigantesque se jetant sur sa proie. Sous le choc, les murs de la prison se désagrégèrent, lacérés sur toute leur étendue de fissures profondes.
Les suggestions sont nombreuses. Le « dislocateur », dans sa logique à double tranchant, peut être comparé à l’imaginaire qui, suivant qui l’utilise, est arme de domination ou bien de libération.
L’ectoplasme, de son côté, est la composition de classe qui peut être, selon les situations, immobilisante, ou mobilisatrice. Enfin, l’esprit ancestral sykmbolise la mémoire mythologique des cycles de luttes passés.
Le Babalaò engloutit une…
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Auteur: lundimatin

