La problématique shitholienne
Les élites académiques, politiques et économiques haïtiennes sont si stratégiquement indigentes et culturellement insignifiantes qu’elles ont façonné l’imaginaire collectif de la population, en lui laissant croire qu’il n’y a de réussite que la migration vers d’autres ailleurs et la réussite dans les rêves blancs d’ailleurs. Verrouillé depuis plus de deux siècles à regarder l’avenir dans ce prisme enfumé, et dépourvu d’avant gardes intelligentes, courageuses, patriotiques, vigilantes, éthiques et bienveillantes, le collectif haïtien s’est mis à vivre dans le culte du sauve qui peut hors d’Haïti, quel qu’en soit le prix.
Ainsi toutes les générations d’après 1986 en sont venues à croire, avec raison, qu’Haïti est un lieu à fuir et qu’il vaut mieux aller vendre sa force de travail ailleurs et laisser mourir ce pays. Mais c’est là tout le paradoxe ! Car en fuyant le pays, ils renoncent à honorer le don de la dignité et de la liberté qu’ils ont reçu de ceux qui se sont sacrifiés par leur héroïsme, pour leur laisser l’héritage de l’indépendance. Cette déshérence n’a fait qu’hypothéquer la souveraineté nationale. En outre, si l’on croit l’historienne Aurélia Michel, le « travail pour autrui » est une survivance de l’esclavagisme dans nos économies.
En effet, selon elle, ce travail moderne est en fait le travail esclave, puisque l’esclavage consistait justement à la désocialisation des individus, extraits de leur société d’origine dans lesquels ils ont des liens, des devoirs, des engagements de citoyenneté, ils étaient forcés à produire pour autrui. Tout par et pour la Métropole. Mais aujourd’hui, ce travail libre qu’exécute le migrant est encore destiné à l’enrichissement d’une autre société que la sienne. La différence est qu’au temps de l’esclavage c’était un travail forcé au profit de la métropole avec des…
Auteur: Erno RENONCOURT
