Trade Mark

L’uniforme traîne, bleu sur le sol dans une flaque brunâtre. C’est du sang. Le corps de l’agent de police, face (écrasée) contre terre. De sa nuque une béance, trou noirci et oxydé, de laquelle on peut sans trop de peines présupposer de l’origine de la petite canardière nouvellement créée. De la béance c’est aussi un cratère que l’on imagine, d’où les jaillissements ont cessé, une périphérie arrosée de gouttelettes au diamètre et à l’espace de plus en plus dispersé. La surface d’arrosage équivaut plus ou moins à un mètre.

Pierre-Yves en est tout à fait recouvert. Son visage laisse à peine apparaître ses traits enduits d’une pellicule de sang séché. Seulement, Pierre-Yves tient dans ses mains des lambeaux de chair qu’il porte par saccades amusées à sa bouche pour en déchirer des parts d’un mouvement de la tête et de la mâchoire opposé à celui des mains. Il n’oppose aucune résistance. Une quinzaine de policiers le tiennent en joue. Il marmonne des sons rauques et inaudibles qui s’enfouissent dans la cale de la gorge. Pour les observateurs ces bruits sonnent comme une forme de râle bégayé, un bégaiement qui du dehors irait faire bredouiller les cordes vocales. La presse et les médias sont bien entendu déjà présents. Demain les hypothèses sur le geste de Pierre-Yves fleuriront. On appellera toute sorte d’experts, toute sorte de schémas psychocognitifs, d’explications causales, neurobiologiques et statistiques. Un commentateur de catch analysera lors du 20 heures de la première chaîne nationale la forme de l’attaque visible grâce aux caméras de surveillances. Une série de courbes mathématiques abreuveront les hypothèses à la manière d’une reconstitution balistique. On épluchera ses comptes et sa petite enfance, sa vie sexuelle et son historique internet, ses hobbies et ses relations de travail. Pourquoi Pierre-Yves, homme sans histoire, de classe moyenne, employé modèle et sans trop d’ambition d’une agence bancaire de quartier, s’est-il jeté sur un agent de police pour lui dévorer la moelle épinière ? Le seul accroc à son parcours est une demande récente de rallongement de remboursement de crédit à la consommation.

Demain les autopsies et le visionnage des caméras de surveillances de la galerie marchande relèveront que Pierre-Yves après avoir été pris d’une secousse d’une demi-seconde s’est arrêté net. Un bloc immobile dans le flux des passants. Un policier se trouvait alors en position d’observation, à l’arrêt, à environ cinq mètres de lui. Pierre-Yves prit son élan en se…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: lundimatin

Pour l’actu indépendante

🌍 Soutenez l’info libre. Gardez OnePlanète vivant et sans pub
→ ko-fi.com/oneplanetecom

Buy Me a Coffee at ko-fi.com