À voir les couleurs éclatantes de ses oiseaux et de ses motifs géométriques, la mosaïque romano-byzantine semble dans un état de conservation exceptionnel. Datée du IVe ou du Ve siècle après J.-C., elle est encore scellée dans le sol mais sans doute plus pour longtemps : elle est à vendre sur Facebook et finira sans doute, malgré sa monumentalité (près de 25 m2 !), par séduire un riche collectionneur. La journaliste Valentine Daléas l’a dénichée en enquêtant sur le trafic d’antiquités en Syrie. Un marché noir qui trouve, hélas, dans les nouvelles technologies un allié de poids.
Lampes à huile, jarres, pièces de monnaies… Les annonces pullulent sur les dizaines de groupes Facebook créés par les trafiquants. S’ils utilisent un langage codé pour s’échanger les pièces les plus précieuses, ces derniers se vantent ouvertement de leurs exploits afin de recruter des petites mains. Et la menace des peines de prison prévues par la loi syrienne – jusqu’à vingt-cinq ans pour le commerce illégal d’antiquités – ne semble pas effrayer grand monde.
Complicité indirecte de Facebook
Creuset de multiples cultures (phénicienne, romaine, grecque…), la Syrie possède un immense patrimoine archéologique qui aiguise les appétits. Déjà vandalisé en 2016 par Daesh, le site assyrien de Tell Ajaja est ainsi devenu la proie des pilleurs, comme en témoignent les multiples excavations apparues depuis 2021 sur les cartes satellites. Les fouilles s’y déroulent désormais en pleine journée, en toute impunité. Interrogé par la journaliste, un trafiquant l’assure : les agents de la Sécurité générale lui recommandent simplement de creuser à dix mètres des tombes !
Bien qu’elle nous laisse un peu sur notre faim à cause de sa brièveté, cette nouvelle enquête de « Sources » alerte sur l’incapacité des autorités à protéger ces biens culturels inestimables, et sur…
Auteur: Cécile Jaurès
