Lors d’un récent rendez-vous à la médecine du travail, organisme censé assurer « la prévention et la santé au travail » des salariés dans les entreprises, et conquête sociale ancienne, j’ai noté, bien visible dans la salle d’attente, une affiche invitant les patients s’apprêtant à entrer en consultation avec un professionnel de santé à « rester courtois » avec celui-ci.
De même, contactant par téléphone la Caisse nationale des allocations familiales, j’ai pu constater que l’enregistrement musical de mise en attente s’interrompait régulièrement pour laisser se dérouler un message, cette fois de mise en garde. Il enjoignait au citoyen s’adressant à cette institution publique de conserver un ton « respectueux et poli », et le prévenait que toute insulte ou menace envers le conseiller lors de l’entretien enregistré entraînerait des poursuites judiciaires.
De fait, les rubriques « faits divers » des journaux ont vu croître ces dernières décennies le nombre de récits d’agressions verbales ou physiques à l’encontre d’élus, d’agents publics, de l’hôpital aux mairies, de l’école aux guichets de la Sécurité sociale…
Si, chaque année, la question des relations entre la population et l’État est réduite à celle de la confiance dans le gouvernement en place, les sondages sur le sujet n’ont cessé de montrer un lent et constant déclin de celle-ci depuis les années 1960. Et la France « fait figure de cas extrême » en Europe, selon Alexis Spire, sociologue, chercheur au CNRS.
En 2025, le pourcentage des citoyens déclarant ne pas avoir confiance dans leur gouvernement s’élève à 76 % dans notre pays, alors qu’il n’est que de 58 % aux Pays-Bas, 60 % en Allemagne
Auteur: Olivier Doubre

