Transformer l’État pour ne pas être transformé par lui

L’institut La Boétie a organisé le 6 avril dernier une journée d’études sur l’État, afin de revenir sur les analyses historiques et contemporaines de l’État, ses liens avec la souveraineté populaire, les tensions entre les luttes pour le pouvoir et les capacités à transformer l’État, etc. Nous publions ici l’intervention faite par Stathis Kouvélakis, membre de la rédaction de Contretemps. L’ensemble des interventions de cette journée d’études sont visionnables ici.

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Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par un propos de François Mitterrand. C’est un propos rapporté mais qu’on peut néanmoins considérer comme authentique, car la personne qui l’a transmis n’est autre que Danielle Mitterrand, son épouse, et qu’il est toujours disponible en ligne sur le site de sa fondation. Peu après le tournant néolibéral de son premier septennat, Danielle Mitterrand lui demande : « Pourquoi maintenant que tu en as le pouvoir ne fais-tu pas ce que tu avais proposé ? ».  Et le premier président socialiste de l’histoire de France lui répond « qu’il n’avait pas le pouvoir d’affronter la Banque mondiale, le capitalisme, le néolibéralisme. Qu’il avait gagné un gouvernement mais non pas le pouvoir ». 

« Il avait gagné le gouvernement, mais pas le pouvoir », telle est la phrase clé. Elle explique le virage néolibéral de 1982-1983 dont la gauche française, et sans doute aussi la gauche européenne, ne se sont jamais remises. Elle nous oblige donc à poser cette question : qu’y a-t-il entre le gouvernement, autrement dit entre gagner les élections et gagner le pouvoir ? Eh bien, il y a précisément ce qui nous occupe aujourd’hui, à savoir l’Etat comme condensation de ce pouvoir en tant qu’il est un pouvoir de classe. Le pouvoir de la classe qui contrôle les moyens de production et d’échange, disons en gros celle qui concentre le pouvoir économique, la classe…

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Auteur: redaction